ICI

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ICI est une installation de cinquante grosses pierres polies par le temps et peintes avec une peinture noire laquée. Trois couches permettent une vraie brillance du noir. Sous chacune de ces pierres est inscrit un mot. Chaque pierre possède son histoire.

Le temps qui passe et le destin en sont les décideurs.


ICI
Installation aux dimensions variables.
Pierres peintes à la peinture glycérophtalique.


« Ici » localise un événement.
Le lieu est signifié, reste à trouver la date.
Chacune des pierres est numérotée, signée et annotée par Lilian Euzéby.

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VIA 1995-96

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cliquer sur les images pour les agrandir

VIA est une expérience artistique datant de 1995-1996.

Une installation, des publications (revue rare et épuisée), des photographies et des « traces rapportées » témoignent de la réalité de cet événement.

( Une publication prochaine devrait synthétiser tous ces éléments assez anciens … )

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Presse

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Dans l’atelier en 2022.

en 2023. Lyon.  https://www.petit-bulletin.fr/lyon/article-75647-la-peinture-onirique-et-erudite-de-lilian-euzeby-a-la-galerie-regard-sud.html

en 2023. Lyon.  https://www.petit-bulletin.fr/lyon/agenda-309774-lilian-euzeby.html

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Un article d’Objectif Gard sur les quatre expositions méridionales en 2023.

https://www.objectifgard.com/culture/gard-quatre-expositions-pour-un-lilian-pas-comme-les-autres-112540.php

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Été 2023. Maison Euzéby. Midi Libre et Gazette de Nîmes.

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Printemps 2023 dans le Magazine Causeur.

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MMagazine Fred.  Hiver 2022-Printemps 2023.
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Portrait avec le buste de ma grand-mère maternelle

Un article en ligne du Journal le Midi Libre en 2022.

https://www.midilibre.fr/2022/08/19/lilian-euzeby-libre-comme-lair-dans-sa-maison-atelier-pres-de-nimes-10455159.php

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Portrait Euzéby ML 2022

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« A l’ombre des arbres » exposition à l’Abbaye Saint André à Villeneuve-les-avignons (Automne 2021)

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Lien vers l’article de Côte Magazine https://www.cotemagazine.com/fr/week-end-by-cote/item/12799-une-nouvelle-exposition-vous-attend-dans-le-remarquable-site-de-l-abbaye-saint-andre-a-villeneuve-lez-avignon-admirez-l-ombre-des-arbres-entre-soleil-et-ombrage-comme-un-instant-suspendu

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Articles Marie Claire et Midi Libre (automne 2021)

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lien de l’ article dans l’Artvue pour « L’ombre des arbres à l’Abbaye Saint André.

https://lartvues.com/villeneuve-lez-avignon-lilian-euzeby-expose-a-labbaye-saint-andre-jusquau-31-octobre/

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Été 2021 à la « Maison Euzéby »…

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Été 2021 à la « Maison Euzéby »

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2021.

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2020. Art Press. « Un patient labyrinthe de lignes ». Valence.

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2020.

67322549_10219826081709550_1823496311899422720_n.Art. Rien que des cendres (Midi libre S.C.)

Art. des Oeuvres célèbres chez Euzéby

2019. « Rien que des cendres »

Art Midi Libre.Art. Denis Lanoy “Ce n'est que du papier“

2018. « Ce n’est que du papier. »

Cliquer sur les images pour les agrandir

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.Pages articles 2017.

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Cliquer sur le lien ci-dessous.

Article MADAME FIGARO . Eté 2015.  Lilian Euzéby. Madame Figaro

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(cliquer sur les articles pour les agrandir)

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Odyssée elliptique par Anne Carpentier

Odyssée elliptique par Anne Carpentier

C’est un spectacle gigantesque que nous donne à voir Lilian Euzéby, de ceux qui bousculent le cosmos autant que la vision du spectateur, pris dans un vertige pictural. Le peintre se fait explorateur spatial et temporel, découvreur de mondes imaginaires et d’univers infinis.

Ses grandes toiles investies par une spirale, large et unique, semblent transcrire les mouvements d’une puissance primitive. Pas de figures, peu de couleurs, comme si le tourbillon, dans sa voracité, les aspirait. Ne reste que la matière, d’où sortent les mots, fantomatiques. Ils ne sont que l’épaisseur d’une présence portant trace et témoignage : “le désir”, “le jadis”, “le présent”, “la destinée du liquide”, “le devenir hydrique”. Des mots qui ondulent entre notre connaissance et notre intuition. Il se passe quelque chose du même sens que l’œuvre de Cy Twombly, que perçoit Roland Barthes : « Autrement dit, le spectateur a le pressentiment d’une autre logique (son regard commence à travailler) : bien que très obscure, la toile a une issue. »*

Et c’est dans la spirale qu’est sa vérité. L’artiste engage le spectateur à contempler les ondes du temps qui passe ce courant qui rythme le vivant, incessant. Le flux du réel est si fascinant pour les mortels qu’ils se plaisent à s’y abandonner, entre un présent trop présent et les illusions d’un futur fantasmé… Ils finiront immanquablement, mécaniquement, siphonnés par la toile. Tel Narcisse le temps du regard s’y pose et s’y perd, happé jusqu’à la fin, le point de fuite se faisant trou noir.

Les spires de Lilian Euzéby sont des vanités, immortelles et perpétuelles. Tandis qu’il peint, l’homme meurt, des mondes se créent, des révolutions passent, le vent tourne, des étoiles apparaissent, la mer monte, des minutes, des heures, des jours, des saisons et des siècles s’écoulent.

L’intime se noie dans un milieu intergalactique. C’est le paradoxe du monde euzébien. La fugacité du présent est absorbée par bien plus grand. L’univers poursuit son mouvement dans un immense élan originel. Le peintre et le spectateur en sont les témoins. Ils seront bientôt emportés par cette course infinie, comme le lecteur aujourd’hui. Memento Mori.

* Roland Barthes, Cy Twombly, Seuil, 2016

Les publications

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D’eau et de Nuit

130 pages . Des textes de Michel Scognamillo, Joëlle Busca, Cécile Tajan, Anne Carpentier,

Rudy Ricciotti, Marc Weeger, Myriam Boisaubert, Nicolas Tourette, Claude Viallat.

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Bulletin du Musée Pierre-André Benoit. Alès. 2019.

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Le ciel des Flandres. 2017. Avec un texte de Lilian Euzéby. 110 pages.

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Bulletin du Musée Pierre-André Benoit. Alès. 2017.

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Les Nostalgies de L’Étoile. 2014.

Avec des textes de Gabrielle de Lassus Saint Géniès et Lætitia Albernhe. 80 pages.

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La tendre tragédie du paysage. Texte de Joëlle Busca

La tendre tragédie du paysage. Par Joëlle Busca (Sur Nemausa)

 
En décembre 2017 la galerie Chapelle de la Salamandre présentait une série de peintures et d’installations de Lilian Euzéby, saisissantes, en hommage à Nemausa, où sont les ombres, le berceau de Nîmes. Formidable masse noire envahissant la Chapelle, cette exposition venue de l’antique avec toute la pompe impériale qui la valorise, gèle le temps et la peinture. Portraits d’empereurs romains, panoramas, représentations à grande échelle de tombeaux et de colonnes, un tourbillon d’éléments monumentaux, célestes ou cérémoniels, ont envahi l’austère salle.
Le peintre force la matière noire jusqu’à saturation, concentre l’esprit de la ville ancienne dans des composants mythologiques, historiques, architecturaux, noyés dans un noir bitumeux, mat ou brillant. La mise en scène sur des bâches de sept mètres de haut, travail de grand chantier, développe des figures entre bâti et fondations. De la source originelle dans le Bois sacré à l’empereur Antonin né dans la ville capitale, les querelles religieuses, le païen, la tradition taurine, la référence aux antiques et à l’actuel, plantent une atmosphère.
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Les vues imaginaires de Piranèse enrichies de l’exubérance de Rubens dominent sa Nemausa, mettant la géométrie et l’architecture au défi du sauvage, dans des édifices dont le but ultime était la manifestation de la puissance de Rome.
 
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Capable du geste le plus délicat et respectueux, dans la série Le ciel des Flandres, des formats modestes (8x14cm) pour les cent-vingt dessins rassemblés dans une présentation groupée, paysages réduits souvent à un caillou noir parmi les étoiles et quelques mots choisis pour évoquer l’œuvre et le style de cent-vingt peintres flamands du XVIIème siècle. Il leur invente des étoiles baptisées de leur nom. C’est à vouloir tous les fouiller, ces astres sagement posés dans un champ bouleversé.
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Toute son œuvre suit un fil d’Ariane dans un labyrinthe artistique imprégné des essences du naturel, du fantastique et du cosmogonique.
Homme des livres, dans des dessins et des toiles, toute son œuvre est accompagnée et inspirée par la littérature, Marcel Proust; Homère, Henri Bosco, Pierre Michon, Victor Hugo, Pascal Quignard, Jorge Luis Borges… Une exploration des possibilités de liberté offertes face au destin et à la violence du monde. Ses titres sont poétiques ou décalés, énigmatiques, très élégants, qui empruntent au vocable scientifique, comme aux jeux de mots à la Magritte, faisant de lui un peintre littéraire.
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Un jour, les Titans défièrent Zeus et  érigèrent une montagne afin d’assaillir le ciel. Le maître de l’Olympe envoya un cataclysme qui les brisa. La peinture, telle cette scène tragique arrête le paysage, alors que le principe céleste ne s’interrompt jamais.
Toute son œuvre est liée à un jeu où la fiction introduit une scène ludique, mystérieuse ou dramatique. L’histoire de l’art – primitifs, symbolistes, abstraits, lyriques, maniéristes, monochromistes, Chinois anciens…– est allègrement parcourue, sans ostracisme. Faire, dans une très joyeuse et juvénile évidence.
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De même les genres du paysage, du portrait, des compositions abstraites, de la photographie sont convoqués sans craindre la nostalgie, le kitsch, l’assemblage ou l’humour. Avec toujours une grande maîtrise du métier de peintre au sens plénier, de l’intime au cosmos, de l’Arcadie au conceptuel, des primitifs flamands à la Renaissance italienne, jusqu’aux dispositifs fictionnels de l’art contemporain et de l’œuvre totale. Passant par toutes les opportunités techniques, , l’image se fait vectrice, insérée dans un néoromantisme, perméable aux souvenirs, aux formes, aux images des autres, un classicisme en action dans un esprit contemporain.
S’il pratique le noir absolu, il sème également le sfumato dans des œuvres à l’infinie variété de nuances de gris allant du perle à des ombres opaques. De ses paysages les plus désertiques et décolorés, à ses productions les plus foisonnantes, vertes ou rouges, toutes, saisies avant ou après la catastrophe,  portent une énergie jamais vaincue.
 
 
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La peinture de Lilian Euzéby par Michel Scognamillo

La peinture de Lilian Euzéby par Michel Scognamillo

La peinture de Lilian Euzéby, comme la robe de Peau d’Âne, a la couleur du temps. Pas le temps météorologique – encore que celui-ci joue son rôle dans cette œuvre venteuse, changeante, mouvementée – mais le temps impassible et neutre qui régit le cosmos et les noces improbables de la terre et du ciel, le temps qui embrasse d’un seul mouvement la vie et les rêves, la nature et les mythes, les choses et leurs noms.

Le temps et son « bruit de cataracte » (Guy Debord), qui échappe au langage et désigne une expérience extatique (une « extase matérielle ») où viennent se fondre toutes sortes d’événements sensoriels : territoires parcourus et souvenirs de lecture, cartographies réelles ou imaginaires, choses vues ou entrevues, ruines et dieux, étoiles et chemins, ivresse et sommeil, écriture et poussière, pierres et paroles. Une expérience dont l’authenticité est préservée par un geste pictural libre, spontané, énergique, qui laisse au visible sa part d’incomplétude et exalte l’impureté de la matière, la pauvreté et les accidents de ces supports travaillés « avec une eau sale et vieille, avec de la nuit beaucoup, et un peu d’encre » (Lilian Euzéby). Le monde, enfin, tout simplement, toujours inachevé, saisi dans sa nuit couleur du temps, avec la mort comme horizon.

 

Michel Scognamillo

Un avis de Rudy Ricciotti sur Lilian Euzéby

Euzéby est un manipulateur annonciateur du christianisme.

Né avant Jésus–Christ, il ne cache pas sa mémoire et il la cartographie.
Eumée, prince de naissance, finissant gardien des porcs du roi d’Ithaque, s’en souvient, lui, relégué dans un coin oublié des îles Ioniennes.


Ulysse décida l’emplacement sacré que la Nekuia occupe dans l’imaginaire territorial de l’artiste.
Euzéby nous doit toute la vérité sur le territoire d’Ulysse, il enquête, il vérifie, il recoupe et repositionne chaque protagoniste mystificateur de nos mémoires. Ainsi Idothée, divinité marine, fille de Protée, ou encore Nausicaa, princesse connue pour ses goûts de luxe, ou encore Demodocos ce chanteur de blues de l’Odysée d’Homère dont Euzeby comprit qu’il pouvait être un informateur majeur.
Euzéby rétablit l’art dans ses fondements historiques et politiques rappelant qu’il faut toujours vérifier les songes. L’art n’existe qu’à la limite de l’horizon politique… et l’artiste n’est que dans la difficulté existentielle.
Euzéby cartographie la mythologie d’Ulysse et réinvente un territoire, le dernier, celui qui parle …


Rudy Ricciotti, décembre 2018.

DE NEMAUSA de Isabelle Cousteil

Un texte de Isabelle Cousteil

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Ici, il n’y a pas de toile, à proprement regarder. Il y a un ru, une cascade figée, basaltique et stellaire, glissant à même le mur comme l’eau résurgente sur la roche complice. Il y a des strates, des couches, du jus d’alluvions, de ces minéralités intemporelles, et tout dedans, enchâssé, souverain, le temps.
Les toiles de Lilian Euzéby sont une poésie de traces et un chant homérique.

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Elles disent le grand voyage de l’homme sur la terre comme au ciel, sans que jamais l’homme lui-même ne se montre. Il existe bel et bien pourtant, à la fois spectateur infime mais omniscient et acteur dissimulé dans les chemins qu’il trace, les montagnes qu’il arpente, les murs qu’il édifie, les peurs qu’il défie, la terre qu’il chérit et les étoiles qu’il nomme.
Un arbre s’exclame vers le ciel, un nuage soupire, un orage grogne et la montagne répète. L’eau serpente, ruisselle sans toujours qu’on le sache, mystérieusement karstique, puis résurge ou, pluvieuse, nerveuse, mousseuse, déverse. Eau qui donne au soleil l’autorisation de son reflet. Eau qui érode, façonne, torture mais polit, mais adoucit, mais courbe. La pierre par elle se laisse ainsi tourmenter, lentement, invisiblement, à la vitesse des ères, d’un temps qui n’est pas le nôtre. Temps-eau dans toute sa puissance et sa fugacité, impulsant son flot imparable, sa régurgitation gargantuesque de secondes précipitées.

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La pierre se grêle, se fissure, fait le dos rond, creuse le rein sous les cohortes humaines se succédant en millénaires déambulations, processions, chemins d’exploration et d’imploration, chemins de labeurs et chemins de rondes, voies de défilés et de triomphes, courses d’hommes, de chars ou de taureaux. Qu’elle soit rongée, étayée, tour ruinée mais magnifique sommant la colline, témoin des vigilances passées et des regards fixés aux lointains menaçants, qu’elle soit impassible impérial amphithéâtre ouvrant ses arches aux consuls comme au peuple, la pierre toujours chez Lilian révèle le jadis.
Son pinceau, son crayon le révèlent, ouvrent les drailles de garrigue, les gués des marais et les voies lactées, permettent que la lune rende grâce et formes à la nuit noire. Luminosité incomparable, inqualifiable de sa nuit encrée, azabache , flavescente, nuit de contemplation hugolienne qui aurait tiré un trait sur l’épanchement romantique. Il y a dans sa nuit la clameur tue de l’arène sous la constellation du taureau, les fantômes des rétiaires et des sombres cornus, le lamento des sacrifiés et la liesse en suspens sous la voûte apaisante. Il y a les rêves de conquêtes, l’évanescence des triomphes, les gestes des augures droits comme des cyprès. Et puis, se jouant des ténèbres et des empereurs, les petites lanternes magiques, les étoiles enguirlandées aux cieux, précises géométries cosmiques, cinémascope céleste qui fascine les enfants et emporte les vieillards.

Le cador au milieu

Lilian, porté par les mots, ceux des antiques épigraphies comme des toponymes édifiants, uni à Quignard dans une même contemplation éblouie, méticuleuse et parfaitement synthétique, délivre une décoction de monde, un palimpeste qui enrobe l’infiniment petit dans l’incommensurable ampleur. Comme lui orfèvre de l’essentiel, tailleur de pierre à la plume de soies. Ses mots parlent en silence, tombent sur la toile comme des fragments météoriques, comme les fruits évidents d’un hasard parvenu à maturité, éclats de nuit des temps sombres et luisants, lisses et chaotiques à l’image de l’univers tout entier. Mots-galets susurrés, usés, roulés au gré de la langue. Mots-cailloux qui jalonnent, bornes miliaires, phares de pleine terre scandant le dit des hommes depuis des millénaires. Comme les constellations architecturent le ciel, les chemins-phrases tissent leurs ribambelles de mots du jadis au présent dans une appropriation résolument contemporaine.

 

Lillian Euzéby - peinture monumentale pont du Gard (c)Patrick Henry


Dans l’œuvre de Lilian, rien n’est perdu, jamais, ni des édifices ni des légendes, ni des quêtes ni des interrogations des hommes, ni des lits des rivières, ni des échos des palabres, ni des inscriptions pariétales, rien n’est jamais perdu des traces ni des empreintes, rien n’est perdu de l’homme en sa place. C’est pourquoi tout arrête, touche, saisit, bouleverse, pétrifie, tout attache. Parce qu’il dit le chaos avec tendresse, les trous noirs avec élégance, la mémoire avec révérence. Avec lui, la nuit monte et remue comme celle de Michaux et se fait immense, mais minutieusement, amoureusement. Saintement, eu dit encore Valéry. Il y a face à ses toiles un choc comme il en existe face aux horizons qui nous coupent le souffle, aux paysages que la nature nous claque à la gueule au détour d’un sommet.

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Ici, il n’y a pas de toile, à proprement regarder. Il y a une berge de ruisseau à la taille d’un enfant à peine vieilli, un rocher où s’asseoir pour faire des ricochets, pour offrir des aventures à de petits soldats de plomb.
Ici, il y a bien plus qu’à regarder. Il faut franchir le gué, passer le Rubicon et se laisser porter.

Isabelle Cousteil – décembre 2018