NEMAUSA où sont les ombres ? Article de Anthony Maurin

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NEMAUSA OÙ SONT LES OMBRES.

Article de Anthony Maurin

NÎMES

L’histoire est le présent d’un passé noirci par le temps

Lilian Euzéby expose Nemausa, où sont les ombres à la galerie de la Salamandre jusqu’au 30 décembre 2017.

Pour son exposition Nemausa où sont les ombres, Lilian Euzéby voit grand. A la galerie de la Salamandre, en plein de cœur de Nîmes, il s’expose et interroge l’inconscient collectif sur la durabilité de l’histoire.

« On est venu me voir il y a plus d’un an, chez moi, dans mon atelier à Russan pour me demander de travailler sur cette exposition qui est une création spéciale pour la galerie de la Salamandre. Tout a démarré avec la source » explique l’artiste.

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De l’exposition à la cité des Antonin, tout commence toujours par la source… Très ancré sur son territoire, il connaît bien les mythes et légendes de la région. Il aime en jouer, il aime s’y retrouver, un peu perdu mais jamais seul dans ses rêveries et ses chimères. « Cela fait plus de 25 ans que je fais de la peinture et je relie toujours mon travail à une certaine notion de temporalité. Comme la démarche n’est pas toujours simple et que je veux rester très accessible, j’écris des petits mots qui expliquent ma vision changeante du paysage. Je prends beaucoup de notes, j’aime lire et je pense qu’en lisant ces petits cartels, on comprend mieux ma démarche » poursuit Lilian Euzéby qui s’apprête à recevoir une classe de lycéens pour une petite visite privée de l’expo.

Des grottes de Russan à l’amphithéâtre romain, c’est l’histoire ancienne de la région qui est ainsi narrée par des traits, des coulures, des cercles et des ombres. Des formats changeants, des techniques diverses et variées pour un ensemble très plaisant à regarder et long à détailler.

Dès l’entrée, un tableau à l’huile représente la source et le bois sacré qui ont été les éléments fondateurs de la future Nemausus. Plus loin, un rappel à celui dont on cite encore le nom pour réaffirmer les liens tissés avec la ville de ses aïeux, un certain Antonin qui était pieux. On peut même y lire l’ultime mot qu’a prononcé l’illustre empereur sur son lit de mort, « Résignation ».

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Les Volques sont là, les Romains aussi mais on peut y dénicher d’autres références plus lointaines et quelques désirs mythologiques. Huile, encre, glycéro, cendre, poussière, thé, café, feuille d’or… D’un format tout petit à des bâches de plus de 7 mètres de hauteur, toutes les techniques et astuces sont employées avec talent pour donner un autre relief à l’histoire.

Les jus de couleurs sont omniprésents grâce aux effets donnés par les jets d’eau. Le cycle et la temporalité, deux vrais aspects du travail de l’artiste, vous plongent dans l’intime méconnu. Les deux immenses bâches dressées aux murs laissent une partie de leur corps se plisser au sol, froissée et imbibée comme des montagnes et des vallées, parsemée de cailloux du Gardon. Un triptyque des trois monuments mondialement connus de Nîmes fait écho à cette démesurée grandeur.

Ces noirceurs opaques ne sont que le fruit d’une imagination noirâtre qui lutte pour faire émerger le sens, la vie, l’histoire, le souvenir, le récit. Fils de bistrotier depuis cinq générations, Lilian Euzéby sait offrir un art concernant. Parlant des Gorges du Gardon comme des empereurs romains, mêlant l’usure de l’eau à celle du temps, il parvient à un niveau d’émotion qui ne laissera personne indifférent tant sa proposition artistique est aussi éclectique. On voit même un petit clin d’œil adressé à Serena Carone et à Sophie Calle.

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De la figure mythique, c’est presque la totalité de son œuvre qui s’en empare. L’histoire elle-même ne peut-elle pas être considérée comme un mythe? De la dame blanche évanescente qui sort de la brume en s’échappant de la source à deux îles dorées perdues dans les eaux en passant par des petits portraits, des fleuves chiffonnés, des grandes cartes ou des toiles plus fouillées, Nemausa où sont les ombres? est une exposition à voir et à regarder.

« Je taquine le hasard… J’aime le côté sorcellerie! Je suis fasciné par les toros, qu’ils soient Camarguais ou Espagnols, je pourrais rester pendant des heures à les regarder dans un champ! Je voulais même devenir manadier » rappelle l’artiste dont une œuvre évoque le mythique cornu. Un toro relié à six fils du destin qui représentent peut-être les six banderilles qui lui sont apposées pour tester sa grandeur et sa force.

Galerie de la Salamandre à Nîmes, ouverte du jeudi au samedi de 15h à 19h.

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Le suaire du paysage par Marc Weeger

Le suaire du paysage

L’oeuvre de Lilian Euzéby est peuplée de cartes. Cartes du ciel, de cours d’eau, d’îles grecques réelles ou imaginaires. Que nous disent ces cartes de ses liens au paysage ?

On fait des cartes pour se repérer, pour baliser un espace, pour comprendre le monde qui nous entoure. Lilian Euzéby pose, tout autour de lui, une multitude de petits cailloux blancs pour ne pas se perdre, pour trouver ou retrouver un chemin. Car on fait aussi des cartes pour voyager, aller plus loin, repousser les limites de nos horizons. Ceux de L.E. sont à géométrie variable, allant de la géographie intime des gorges du Gardon de son enfance à l’infini des constellations.

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Il cartographie également l’histoire de l’art quand il précipite, comme un chimiste, l’essence d’un paysagiste flamand du XVII ème siècle dans un galet, faisant advenir des images puissantes et odorantes dans le grain du papier et par l’écriture simple qui accompagne cette synecdoque minérale.

Les cartes servent aussi à délimiter des territoires, à placer des frontières.

Chez le « Douanier Euzeby », c’est la libre circulation des références, des mythes et des formes qui prévaut. Les échanges et les réseaux l’emportent sur les dogmes et les esprits fermés.

Ses cartographies sont aussi celles de la peinture, du support, du flux et reflux de la matière colorée. Les peintures de L.E. absorbent le paysage par capillarité, se plient aux méandres, aux gouffres, et laissent apparaître une preuve fantomatique de cette réalité terrestre. Le papier et la toile ont chacun leur propre logique morphologique, leurs sédiments, leurs plissements hercyniens. 

Dans le triptyque Les territoires de Dante, 2018, L.E. nous convie à l’expérience de l’effacement du paysage, des profondeurs infernales de la « selva oscura » au « paradiso », par le retrait de l’encre, au profit d’un support craquelé et nu. Le paradis au risque du vide.

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Toutes ces cartes seraient-elles des suaires, des voiles de Véronique ? Mais de quelle mort, de quel paysage idéal ou mythifié garderaient-t-elles l’empreinte ?

Déjà, pour Une même terre nous garde, 2013-2014, L.E. avait sédimenté, en un long linceul, les guerriers morts de l’Iliade, toponymie macabre et héroïque enchâssée dans des coulures bleues.

Eau, peinture, strates et graphies s’y écoulent horizontalement contre toute logique. Les mots méticuleux écrits sur la toile convoquent une culture antédiluvienne, ouvrent cette micro-géographie picturale à une histoire bercée de mythes.

Comme les récits hauts en couleur du conteur Euzéby…

Marc Weeger, décembre 2018

Le deuil par Cécile Tajan

Quand la peinture interroge la survivance et la mémoire

De larges trainées de peinture blanche, un fond brun. Le deuil.
On devine le geste du peintre, ample, sûr, rapide. On est captivé par l’harmonie et l’équilibre de l’œuvre. Il y a d’abord cette large surface que les jus de couleurs versés sur la toile étendue au sol ont brunie et patinée, l’imprégnant de la marque du temps. Il y a ce blanc lumineux se détachant sur un fond noir charbonneux. Appliqué à la brosse, il joue des épaisseurs et des transparences avant de s’évanouir en des coulures obtenues en relevant la toile. Dans ce jeu de l’esprit et du corps en mouvement avec la matière, Lilian Euzéby prolonge un acte créatif spontané ancestral, qui nous renvoie, par-delà les siècles, jusqu’aux traces des premiers hommes sur les parois des cavernes. Cette approche libre du geste pictural inscrit Le deuil dans la série des toiles abstraites que le peintre réalise depuis la fin des années quatre-vingt. Mais ici s’affirme une démarche artistique nouvelle.
La toile sèche. Elle est accrochée dans l’atelier. Ne l’imaginons pas oubliée et remplacée par les travaux en cours car chaque jour le peintre lui fait face. C’est dans la confrontation quotidienne, dans l’épaisseur de la durée, que naîtra le titre de l’œuvre, une légende manuscrite, appliquée, inscrite à la surface même de la toile : Le deuil. Les murmures des figures tutélaires se font alors entendre. Comme Marcel Duchamp ou Francis Picabia au début du XXème siècle, Lilian Euzéby joue du pouvoir des mots et du champ imaginaire qu’ils font naître lorsqu’ils sont confrontés au motif. Ainsi introduit au cœur de la composition, le mot donne le sens du tableau et le spectateur ne peut alors plus s’y soustraire.


Si l’objet du deuil est absent, si le peintre contourne la représentation du sujet, il s’appuie sur le pouvoir évocateur de ces traces blanches. Les traces deviennent une draperie avec sa lourdeur, ses plis, ses jeux d’ombre et de lumière. Ainsi l’artiste s’empare d’un sujet qui jalonne l’histoire de l’art, des études d’Albrecht Dürer aux natures mortes de Paul Cézanne. Il fait du titre notre guide et la draperie devient, non sans ironie, le rideau qui tombe sur le théâtre de nos vies. Elle est encore le voile blanc des femmes endeuillées d’Argos dans la Grèce Antique. Elle est le manteau des Pleurants des tombeaux des Ducs de Bourgogne. Elle est surtout linceul. Ce linge qui tombe c’est le linceul de La Descente de Croix de Rubens, celui du Chirst mort de Mantegna, celui de La Mise au tombeau de Titien.
Lilian Euzéby nous ramène ainsi aux grandes heures de l’art chrétien, mais son mérite est de s’en approcher pour mieux s’en éloigner. Car la mort et le tragique ne sont pas son sujet. Ce qu’il a souhaité c’est fixer fidèlement, immédiatement, une image intérieure. C’est le sentiment d’une perte irremplaçable que le peintre livre ici. Il fait du drap blanc le symbole de l’absence, du vide et de la mélancolie. Cette matière blanche, indécise et lumineuse, est aussi celle des fantômes et doit être rapprochée des spectres de La Source ou des Sentiments purs, œuvres conçues par l’artiste à la même période.


Ainsi, l’œuvre pourrait être une réponse à l’injonction contemporaine de « faire son deuil ». Tandis que notre civilisation moderne tend à refouler le sentiment du deuil et réclame de se délaisser du mort pour retrouver le monde trépident des vivants, il s’agit plutôt de vivre avec nos morts comme le faisaient nos ancêtres. Et c’est ici que Lilian Euzéby rejoint les auteurs qui lui sont chers, Marcel Proust ou encore Pascal Quignard, qui tous deux ont mis au cœur de leurs œuvres les questions du temps, du deuil et du souvenir. Comme eux, mais il faudrait citer encore Roland Barthes ou Milan Kundera, l’artiste vient nous dire que le sentiment du deuil est un bien intime essentiel.


Avec Le Deuil, Lilian Euzéby nous parle de l’expérience de l’existence comme survie. Debout face à la toile nous sommes les survivants. C’est là une question centrale qu’explore l’artiste depuis ses débuts. Il faudra se confronter aux œuvres, installations, toiles monumentales, petits dessins, mais déjà la simple évocation de quelques unes d’entre elles laisse entrevoir le champ d’investigation du peintre: Tout se perd, Les nostalgies de l’étoile, L’ancienne route, Les Empereurs, Les reflets du temps, Ce qui est perdu rayonne encore, Les trois âges, La proie du néant. Lilian Euzéby ne cesse de poser la question de l’éphémère, celui de l’homme et de ses créations. À travers la représentation d’une draperie qui semble se dissiper en s’imprégnant du fond gris du tableau comme à travers celles des ruines antiques se détachant sous les poussières du temps, que l’on a pu voir lors de sa dernière exposition Nemausa où son les ombres?, le peintre aborde les thèmes de la disparition et de l’effacement. Il nous invite à méditer sur notre place dans ce monde, sur les mystères du temps, les traces de l’histoire, petite ou grande. Il nous dit la nécessité de la mémoire. Ses œuvres imposent le silence et invitent au recueillement.

Cécile Tajan
Janvier 2019

Les nostalgies de l’étoile texte de Gabrielle Lassus Saint Géniès

LES NOSTALGIES DE L’ETOILE
Une œuvre de Lilian Euzéby

texte de Gabrielle de Lassus Saint-Geniès

Dénombrer les étoiles : voici un jeu que tout artiste tente un jour, puisque c’est à lui qu’a été donné le pouvoir de bouleverser les codes de l’espace et du temps. C’est en cela que Lilian Euzéby est poète. Ici, l’ensemble est magistral et imposant (3m/haut sur 7m/large), en parvenant à résoudre le défi de donner à rassembler en un regard 88 constellations. L’œil est soudain rendu tout-puissant et s’attarde avec bonheur sur chaque constellation, en allant du général au particulier. Lilian Euzéby devient le petit prince amoureux d’une rose intersidérale qui se penche avec humour sur chaque galaxie en interrogeant la personnalité de chacune, et en les replaçant avec singularité dans le firmament de son mur. Il y a un astronome et un entomologiste en lui : l’un qui se penche sur l’infiniment grand du macrocosme et l’autre qui observe l’infiniment petit du microcosme. Pour réconcilier les deux, il s’inspire de la méthode du cabinet de curiosité en réordonnant le ciel selon sa lecture personnelle, celle d’un majestueux « trompe l’œil céleste ».

Portrait devant le mur

Lilian Euzéby a compris que l’étoile est un sujet dangereux qui ne peut être abordé sérieusement qu’au second degré : il faut regarder les étoiles même si le passé a déjà usé ses yeux dessus. C’est alors que naît la nostalgie, cet amour mélancolique d’autres époques brouillées par les sables mouvants de la mémoire qui fut pourtant elle aussi guidée par les étoiles. Nous sommes tous nostalgiques d’une étoile, que ce soit de l’étoile des mages, des étoiles du désert, d’une danseuse-étoile, de l’étoile du Berger, de l’étoile des mers, de la bonne étoile et de toute la litanie somptueuse des célèbres étoiles qui éclairèrent  nos civilisations des plus anciennes aux plus modernes. Il n’y a rien de plus mystérieux et troublant que de regarder une carte du ciel, en devinant les constellation auxquelles les hommes ont voulu donner des noms : Orion, la Grande Ourse, Andromède, la Lyre, Pégase, le Bouvier, l’Hydre, la Couronne boréale, le Serpent, l’Aigle, le Cygne, le Dragon, le Dauphin, et tant d’autres…mais comme l’esprit se cogne toujours à l’infini, l’œil se heurte toujours au monde des étoiles non dénombrées qui existent loin, si loin, que l’être est saisi par un vertige, comme le mur absorbe dans son trou noir chaque parcelle des cadres. Il y a autant de sentiments que nous ne pouvons nommer en nous qu’il y a d’étoiles anonymes que nous ne connaîtrons jamais. Ne pouvant saisir le ciel dans sa totalité, Lilian Euzéby choisit donc de rassembler les constellations visibles, en les associant à des nostalgies humaines dans ses tableaux-métaphores.

Mais le trompe l’œil de Lilian Euzéby ne serait-il pas aussi un horoscope où chacun pourrait lire le reflet de sa destinée, en suivant pas-à-pas les prédictions données par chaque cadre, à l’image de signes du zodiaque ? On pressent qu’il y a une histoire d’amour quasi-existentielle en filigrane de chaque œuvre. Comme jadis Ptolémée et tant d’autres savants offrir un nom aux constellations, en vertu de leurs formes et de leurs apparences, Lilian Euzéby donne des prénoms à cette tragédie.

Ici, nul besoin de boussole, de lunette, et de compas, il suffit de regarder, de déambuler et de déchiffrer au fur et à mesure cette mappemonde unique, comme on contemplerait un paysage qui se meut à l’infini tout en restant le même. Dans ce voyage de haut en bas, de gauche à droite, ou de bas en haut, de droite à gauche il faut suivre le fil d’une Ariane qui serait tantôt balancée par la force d’attraction vers la terre, tantôt attirée par la force d’apesanteur vers le ciel. C’est à la condition de s’abandonner à la toute-puissance de l’imaginaire que nous pouvons vagabonder dans cette promenade stellaire. Nous avons affaire à un inventaire logique et énigmatique, rangé et dérangé. On trace son chemin en suivant son propre labyrinthe, à sa guise et à sa fantaisie, comme un voyageur surréaliste écoute son instinct, ou comme on lit une écriture en boustrophédon. A chaque spectateur de dessiner son parcours, en n’ayant pas peur de la Carte du Tendre que Lilian Euzéby a calqué avec poésie sur la voûte céleste. Quand le cœur est las de la terre, il a l’ultime consolation du ciel pour échappatoire.

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RETOUR A LA TERRE

Dans une époque qui regarde son nombril, Les nostalgies de l’étoile de Lilian Euzéby invitent avec audace à regarder vers le ciel, ou plutôt vers les cieux, car cette œuvre parle d’un firmament multiplié par autant de regards qu’il y a d’astres. Devant cette réflexion artistique monumentale, on songe inconsciemment à la scène du Verbe chuchotant à l’oreille d’Abraham sa promesse de descendance : « Lève les yeux au ciel et dénombre les étoiles si tu peux les dénombrer » et il lui dit : « Telle sera ta postérité » (Genèse 15 : 5). Finalement, peu importe de dénombrer les étoiles, l’essentiel est de les admirer et de leur faire confiance. Souhaitons à cette œuvre une postérité digne de ce nom !

G.L.S.G. Mars 2013

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Les nostalgies de l’étoile texte de Lætitia Albernhe

Les Nostalgies de l’Étoile

Texte de Lætitia Albernhe

Si comme disait Paul Eluard, « un rêve sans étoile, est un rêve oublié », « Les nostalgies de l’étoile » nous offrent un songe intense, subtil, tendre et déchirant, loin de l’oubli… Une de ces visions tumultueuses, tourbillonnantes d’où l’on s’éveille, sans trop savoir où se trouve la frontière avec la réalité.

Vivant, vibrant, presque palpable, ce rêve doux et délicat, triste et mélancolique, d’où l’on ne sait, si l’on pourra en sortir, sans un accroc à l’âme, nous prend par la main pour une visite cosmique, une balade onirique parmi 88 constellations.

Ainsi vont les étoiles, ainsi vont les rêves, hétéroclites, kaléidoscopiques, unis dans une même voie, multiples dans leurs couleurs, leurs matières, faits de couches, de matières insoupçonnées, tantôt nuages de soie, tantôt rudes comme l’ardoise, ainsi va la vie, ainsi vont les rêves, ainsi va l’humanité.

Si Lilian Euzéby, se veut le grand organisateur de cette belle promenade interstellaire, c’est en main créatrice qu’il excelle et exprime tout son talent, mais également, dans la richesse des thèmes qu’il aborde, en tout subtilité. Levant la tête pour contempler les étoiles nous viennent d’abord ces questions existentielles, qui nous tenaillent depuis que l’homme est homme. Rien, Tout, Pourquoi aimer rime t-il avec tristesse, pourquoi ce DÉSIR, ce chagrin, cette révolte, ces larmes, mes rêves, les vôtres… ? Je ne sais pas, vous non plus, qui le saurait au sein de ce tourbillon d’étoiles, d’émotions et de matières, de cette valse mélancolique ? Les vraies questions sont sans doute là, posées en toute humilité, fragiles sur la branche…Réponds moi ô étoile, je ne suis qu’humain!

La fascination de l’artiste pour les mystères de l’existence se révèle ici. Simple mortel face à ce tout immense, immuable, éternel, cette infinie tache noire parsemée de lumières.

A l’instar de ce petit scorpion, qui flotte par une nuit d’encre, au dessus d’un lac, répétant ces mots  » Petit scorpion, au dessus du lac, tu danses avec la lune », comme une invitation à suivre ces forces qui nous entraînent parfois au plus profond de l’obscurité, à la recherche d’un frisson interdit, inédit…

Un simple morceau de bois rejeté par les gorges du Gardon devient TOUT, tandis que sur un autre s’inscrit, l’implacable RIEN.

L’épaule et le dos d’une jeune femme fragile supportent une grande partie du ciel, serait-ce là un hommage au féminin, à ses mystères, à sa sacralité? Le capricorne semble avoir la réponse, puisqu’il s’y love avec délectation…

Outre les questions existentielles, la préoccupation principale et connexe de l’artiste réside dans le rapport à l’espace et au temps. Il se joue des perceptions physiques, établies par une imagination simpliste, pour emmener le spectateur vers une réflexion métaphysique profonde, où les hypothèses poétiques de Proust, de Borges et de quelques philosophes allemands, entre autres, sont pour qui sait lire entre les étoiles, souvent perceptibles. Au sein de cette nuit immense, Quignard semble nous interpeller, tous les matins du monde ne sont-ils pas sans retour ?

SI retour il y a, c’est sans doute vers le passé de cet artiste, qui tel un petit Poucet ayant essaimé des étoiles, remonte le cours du temps, pour retrouver et évoquer son enfance, sa terre, ses racines, sa culture. On y retrouve les thèmes chers à son coeur. Nîmes, d’abord dont il est originaire. Nîmes, la majestueuse, la Romaine, ses arènes et son petit Lion, … Puis vient la Tauromachie, subtilement évoquée à travers les motifs d’une vieille nappe (sans doute empruntée dans une bodéga) abritant la constellation de ce Taureau Bègue. Il y aussi ce Serpentin, vestige d’une interminable fête, d’une nuit de Féria qui ne finirait jamais, qui tout de rose auréolé, dans une ivresse tourbillonnante, semble flotter dans la constellation de l’hydre.

Après la fête et les heures flamboyantes, viennent parfois les instants plus sombres… Adieu superbe, bonjour tristesse ! Léo dans sa splendeur se laisse submerger par la mélancolie, entre allégresse et chagrin, dans un ultime Olé !

Plus encore, c’est tout le spectre des émotions humaines que Lilian Euzéby balaye dans cette oeuvre monumentale. Amour, douleur, désolation, allégresse, espoir, révolte… Comme un spleen lancinant aux accents romantiques qui nous élève, nous transcende, jusqu’à se fondre dans ce ciel infini. La tristesse d’Herakles se confronte dans ce ciel étoilé à la Joie de Camelopardalis, l’Aurige en son chagrin cohabite avec les larmes du Cancer et la flèche d’amour en plein dans le mille, décochée par le Sagittaire…Au cours de cette valse sentimentale, tels un fil d’ariane viennent le désir, la sensualité, la séduction et surtout l’humour, arme désarmante et bien-aimée de l’artiste qui en use avec délectation, pour séduire le spectateur mais surtout, le dérouter face à tant de facéties et parfois d’impertinence.

Car si Lilian Euzéby est un être espiègle, il n’en est pas moins d’une l’intelligence subtile. Les techniques utilisées au sein de son oeuvre en sont le reflet. Usant de médias mixtes et d’objets de récupération, l’artiste nous donne accès à la richesse de son répertoire et aux références artistiques dont il est empreint. Ainsi les petits cadres surannés, vestiges de ce qui a été et n’est plus, se font fenêtres sur l’histoire et sur le ciel étoilé. De vieilles photographies oubliées semblent désormais reprendre vie, des textes anciens sont ranimés à l’ombre de son fantôme favori Picabia, un stylo correcteur se fait l’instrument d’une divine création, les éléments statiques sont détournés de leur matérialité première pour devenir sujets, à l’instar de l’ardoise utilisée pour la constellation de Norma, qui se fait ciel de pépites étoilées ou du Triangulum, qui semble dans sa simplicité, représenter à lui seul l’abstraction absolue, mais aussi, un point d’interrogation capital. Tous ces petits éléments, tous ces supports hétéroclites, unis dans le même dessein, deviennent sous la main de l’artiste, un grand tout, un véritable cosmos. Comme si l’infiniment grand pouvait résider dans une simple goutte de couleur, comme si tout l’univers pouvait être contenu dans la tâche d’encre d’un écrivain infiniment invisible…

Ici l’écrivain n’est pas invisible, Lilian Euzeby aime les mots, en use et en abuse. Il les aime sous toutes leurs facettes, tristes ou facétieuses, pour leurs sens réels ou cachés, pour leurs musicalité, pour leur histoire, pour leurs champs imaginaires…

Pour l’artiste la peinture est l’égale de la poésie, à l’instar d’Horace et de son « Ut picturia poesis », Lilian Euzéby compose ici une oeuvre d’une poésie extrême et fragile. Aux gestes du peintre, se joignent les mots de l’artiste, dont il pare ses constellations.

Tantôt mélancoliques ou irrévérencieux, d’une intensité troublante et poignante, ces mots révèlent sans doute une part de leur auteur, une pudeur faussement dissimulée derrière des pirouettes sémantiques, une véritable érudition, sans cesse réévaluée.

Si « Les nostalgies de l’étoile » se veut une oeuvre poétique par essence, elle l’est plus encore dans la forme tant elle nous parle littéralement et visuellement. Lilian Euzéby aime peindre les mots, les écrire avec de la peinture, de la matière, il en aime tant l’aspect que sous ses traits, ils deviennent objets, sujets, formes au sein de son oeuvre. Comment ne pas faire alors référence à l’influence du lettrisme et à tout ce pan de l’histoire de l’art, devenu confidentiel, qu’est celui de l’écriture dans la peinture, et plus encore à l’hypergraphie d’Isou ou aux papiers collés du cubisme.

Pour Euzéby, « Il faut écrire vite, cela devient geste, cela devient dess(e)in. c’est plus juste, c’est là l’Essentiel ». Ainsi retrouve t-on, au sein de l’oeuvre, le thème du graffiti, cher à l’artiste, comme des mots justement peints, fragiles écrits, comme Brassaï aimait à les photographier sur les murs de Paris, lui qui y voyait une analogie entre la naïveté certaine de ces simples dessins et les premières peintures rupestres. Pour ces mêmes raisons, Lilian Euzéby joue de cette technique, de sa candeur mais aussi de son aspect énigmatique, comme en témoigne « le Lièvre du Palais Royal, Pardi ! « , simple devinette d’enfant, mystère d’adultes que la pluie aurait vite effacé ? Qui sait ?

Envisageant les lettres sous leur autre aspect formel, en quête de leur plasticité, Lilian Euzéby, utilise le caractère d’imprimerie, tournant déterminant d’une époque et de son identité, comme en témoignent ceux que l’on trouve dans d’anciens journaux ou dans des affiches de mai 1968, pour exprimer son attrait pour la poésie de rue, pour des textes simples et plus encore populaires.

Car si l’oeuvre de Lilian Euzéby est à son image, intelligente, protéiforme, mouvante et émouvante, elle est aussi teintée d’une véritable simplicité.

Comment ne pas s’étonner devant l’utilisation qu’a faite l’artiste de vieux cadres et autres éléments simples ou désuets pour donner vie à une oeuvre d’un tel panache !

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C’est là, aussi, un des talents de l’artiste, que de nous faire partager sa vision du respect de notre environnement, en créant un univers à partir de matières recyclées, bien loin de la production en série et de la course au gigantisme, qui sévit dans le monde de l’art aujourd’hui….

Il faudrait sans doute des heures, des jours, des mois pour détailler, pièce par pièce, l’oeuvre de Lilian Euzéby, tant la richesse et la profondeur des thèmes abordés mériteraient une étude approfondie, tant chaque oeuvre se veut une et singulière. Si l’artiste peint depuis 20 ans, il n’a jamais voulu se laisser enfermer dans une technique reconnaissable et nous offre ici un florilège de ses multiples talents. Les questions existentielles resteront sans doute sans réponse, les énigmes aussi, l’artiste préférant laisser entière liberté au spectateur de s’approprier cette oeuvre, de s’en émouvoir et de saisir toute la résonance de l’écho, de ces 88 constellations ! En somme, de tout un univers …

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Contact

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Lilian EUZÉBY

 l.euzeby@yahoo.fr

Mob +33 6 09 74 76 36

  • Atelier à Saint Mandé/Paris
  •  Grand atelier: 6 place de la fontaine, Russan, 30190 Sainte Anastasie. (Nîmes)

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2024. « Se reposant sur le cours du ciel » exposition personnelle à Galerie Regard Sud. Lyon. Du 2 mai au 14 juillet 2024.

2023. « Que voit mon regard disparu » exposition personnelle à la galerie Agnès B de Montpellier.

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2023. « La manade sentimentale » à l’Hôtel Imperator de Nîmes

2023. « L’Éternel murmure du Rhône » Exposition personnelle à la galerie Sinibaldi à Arles.

2023. « L’éclat de la clarté perdu » Exposition de groupe à la Maison Euzéby. Été 2023.

2023. « Par delà le temps » exposition personnelle dans l’église du Prieuré Saint Nicolas de Campagnac.

2023. « Toro » exposition de groupe à la Galerie Sinibaldi de Arles

2022. « Le mouvement des nuées » Exposition personnelle Les Templiers à Aigues-Mortes.

2022. « L’eau qui se perd » exposition personnelle Le Vieux Télégraphe à Châteauneuf du pape.

2022. « Arrivée de toujours, qui t’en iras partout » Exposition de groupe à la Maison Euzéby. Été 2022

2021. « L’ombre des arbres » Abbaye Saint André à Villeneuve-les-Avignons.

2021. « Quelque Dieu est ici » Exposition de groupe à la Maison Euzéby. Été 2021.

Oct 2020 à Janv 2021. « Un patient labyrinthe de lignes » à la galerie La Villa Balthazar. Valence.

Sept 2020. Installation pérenne au restaurant, rue Balzac, de Pierre Gagnaire.

2020. « De l’Éperdu ». Exposition de groupe à la Maison Euzéby. Été 2020.

2019. Signature du livre d’Eau et de Nuit à Métamorphoses, rue Jacob, Paris.

2019. Signature du livre d’Eau et de Nuit au carré d’art chez T. Tartamella. Nîmes.

2019. “Rien que des cendres“. Maison Euzéby. Été 2019.

2019. “Lié à ce ciel inconnu“. Parcours d’œuvres de Lilian Euzéby. Métamorphoses rue Jacob. Paris.

2018. “Ce n’est que du papier“. Maison Euzéby. Été 2018.

2018. « Se fondre dans le paysage ». Galerie Martagon. Hiver 2017-2018.

2017. « Nemausa où sont les ombres ». Galerie La Salamandre. Hiver 2017.

2017. « Un mur un dessein ». Galerie Martagon. Automne 2017.

2017. « Pour une autre fois ». Maison Euzéby. Eté 2017.

2016. « Dont maint ciel se bariole ». Maison Euzéby. Automne 2016.

2016. « Avec furie et silence ». Maison Euzéby. Eté 2016.

2016. « Les Labyrinthes célestes ». Les Templiers. Aigues-Mortes.

2016. Cosmographie. Galerie Métamorphic. Lyon.

2015. Lilian Euzéby et sa « maison » sur Figaro madame

(ci-dessus l’atelier de Russan)

2015. Exposition « D’une plume qui grince ». Maison Euzéby. Nîmes.

2014. Publication du livre « Les nostalgies de l’étoile, une œuvre de Lilian Euzéby« .

2014. Exposition « La même terre nous garde ». Maison Euzéby. Nîmes.

http://www.maisoneuzeby.wordpress.com

2013. Prix Verdaguer de l’Académie des Beaux-Arts.

2013. Exposition “Que des souvenirs de soleil “. Maison Euzéby. Nîmes.

2013. Exposition Ex-Voto. Galerie Frédéric Moisan. Paris.

2012. Exposition au vieux colombier. Saint Etienne.

2012. Exposition Loin des claires meules. Maison Euzéby. Nîmes.

2011. Peintures Les siestes Serre des Beaux Arts Saint Etienne.

2011. Exposition Dans l’immobile infini tout demeure Maison Euzéby.

2010. Peintures  La morale par l’exemple Salle d’honneur Alphonse

         Daudet. Nimes.

2010. Exposition Allez-vous en couleurs charmantes Maison Euzéby.

2009. Exposition Une partie de campagne Maison Euzéby. Nîmes.

2008. Exposition Des gentils et des méchants Maison Euzéby. Nîmes.

2008. Création du lieu d’art contemporain La Maison Euzéby à proximité de Nîmes.

2007. Les Siestes au siège du CIC. Lyon.

2007. Mur de la Bouvine à la chapelle du Méjean. Arles.

2006. Peintures les Siestes à la Maison Euzéby à Nîmes.

2006. Mur de la Bouvine au centre d’art contemporain du Cailar.

2005. Peintures  Les Siestes chez Christie’s. Paris.

2005. Le mur de la Bouvine au centre d’art contemporain du Cailar.

2005. Peintures-Teintures galerie ECART. Andrée Putmann. Paris.

2005.  Le mur de la Bouvine à l’espace Féria. Nîmes.

2004. architecture sonore pour la biennale internationale de Saint Etienne.

2004. Peinture-Teinture au château d’Entraigues. Uzes.

2004. Salon européen de la création contemporaine. Montrouge.

2003. Peintures-Teinture au Théâtre Mogador. Paris.

2003. Exposition au showroom de Limited Edition. Montreuil.

2002. Peintures-Teintures pour le salon du meuble de Paris et pour  l’Atelier Renault. Paris.

2001. Installation La télévision éclaire parfois la tapisserie . Art dans la ville. Saint Etienne.

2000. Début de la série  La morale par l’exemple  (Grandes peintures figuratives)

2000. Vidéo Strip tease & design. Biennale internationale de design de Saint Etienne.

mange tes morts de pres

Statue de famille. 2005. Plâtre.

1999. Exposition à la Villa del Arte à Barcelone.

1999. Salon international de la recherche photographique de Royan.

1998. Salon international de la recherche photographique de Royan.

1997. Exposition collective à Vérone.

1996. Organise la rencontre d’été de 12 artistes autour du taureau à Russan à la Maison Euzéby.

1995. Présentation des traces rapportées de VIA au Carré d’Art de Nîmes.

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1995. Parution des livrets VIA précédant l’exposition-installation VIA à Nîmes.

1994. Élaboration du projet VIA.

1993. Exposition dans les gorges du gardon.

1991-95  Histoire de l’art université de Toulouse.

1992. Peintures-Teintures au conseil général de l’Aude.

1992. Acquisition d’un diptyque par le musée de Carcassonne.

1992. Peintures-Teintures à la galerie Jean Marc Tilké. Carcassonne.

1991. Affiche pour le théâtre de Nîmes.

1990. Apparition des grandes bâches et des Peintures- teintures.

1989. Exposition galerie la Salamandre. Nîmes.

1988-91.Nombreuses expositions dans la région nîmoise.

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Ateliers à Saint Mandé et à Russan, Sainte Anastasie, Nîmes

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(Ci-dessus l’atelier de Russan)

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